#TRAQUÉS 6 – LE CERF (📸 par Jim Photo)

🦌🖼 Animal emblématique de nos forêts, le cerf est l’un des plus grands mammifères vivant en France. Méfiant et adroit, il est difficile à observer, son apparition est donc toujours un événement.
Il voit généralement le jour vers mai/juin : faon jusque 6 à 8 mois, hère jusque 1 an, daguet dès ses premiers bois, il devient véritablement cerf adulte à partir de 4 ans.
Un beau matin d’hiver, il se met à perdre ses bois en heurtant des branches. Il se sent alors diminué, sans défense, et s’isole parfois plusieurs jours.
Le jeune cerf est pourtant un animal sociable : entouré de biches et de leurs faons, il vit en harde dirigée par une matriarche. Au moment du rut, le cerf adulte, isolé, se rapproche d’une harde afin de s’accoupler. Il ne s’alimente plus et peu perdre jusqu’à 20 % de son poids ! Au moment du brame il ne faut surtout pas le déranger…

🗡📯 De septembre à mars, les veneurs envahissent la forêt toutes les semaines à sa recherche. Ils lâchent jusqu’à 60 chiens sur l’un d’eux, repéré souvent le matin, s’amusent quelques heures de ses ruses pour survivre, puis l’achèvent et rentrent au chenil pour un cérémonial autour de son cadavre.
Cette chasse à courre est la clé de voûte de tout l’édifice des veneurs. Voici comment elle est décrite dans le fameux « Livre de la Chasse » de 1389, qui codifie toutes les véneries :
« Les unes appartiennent aux puissants, les autres aux faibles, et je vais donc vous les présenter par ordre. C’est une bonne chasse que celle du cerf, car c’est belle chose que de bien traquer un cerf, belle chose de le poursuivre, de le courir longuement jusqu’à l’abattre, soit en eau soit sur terre, belle chose la curée, belle chose de bien l’embrocher, de le dépecer et de lever les chairs. C’est une belle bête et plaisante, et je tiens là que ce soit donc la plus noble des chasses. »
Encore aujourd’hui, il existe une quarantaine de ces équipages, autour desquels tous les autres font bloc car ils dépendent d’eux matériellement et culturellement.

#TRAQUÉS 5 – LE LAPIN (📸 par Cédric Photographie)

🐇🖼 Le lapin de Garenne (Oryctolagus cuniculus) fait partie de la famille des Leporidae, comme le Lièvre d’europe. Plus petit que son cousin, les adultes mesurent entre 34 et 50 cm et sont facilement reconnaissables avec la queue blanche en dessous. Ils ont une alimentation de végétaux très diversifiés et mangent notamment les herbes sèches.
Ce sont des animaux très sociaux et vivent dans des terriers reliés entre eux par des galeries. Les lapins communiquent essentiellement entre eux avec des stimuli odorants. En cas de détresse, ils peuvent émettre de petits cris aigus et même taper du pied.
La reproduction a lieu toute l’année avec une majorité de mise bas entre février-août. Les femelles mettent bas dans un terrier peu profond appelé « rabouillère » où elles lovent leurs petits dans un mélange de herbes sèches et de poils. Ils atteignent 80% de leur poids adulte en 3 mois !

📯🗡 En 1993, la chasse à courre ajoute un animal à sa kill-list : le lapin. Même si ces veneurs sont assez mal considérés par les autres, leur existence est le prix à payer pour pouvoir affirmer que la chasse à courre n’est pas réservée aux aristocrates. Il existe aujourd’hui une cinquantaine de ces équipages en France, réputés comme « une porte ouverte aux femmes et aux enfants »…
La vénerie du lapin est assez rapide, surtout quand les veneurs bouchent les terriers pour ôter toute possibilité de cachette à leur proie. Face à la meute de chien, les lapins chassés sont souvent dévorés vivants. La période de chasse étant commune à la période de reproduction, cela peut induire la mort de nombreux lapereaux quand la mère est tuée !
Fin 2017, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature a classé cette espèce comme « quasi-menacée » en France, mais ce n’est pas pour arrêter les chasseurs à courre dans leur « passion »…

#TRAQUÉS 4 – LE CHEVREUIL (📸 par Gaetan Martin)

🦌🖼 Le chevreuil fait partie de la même famille que le cerf (cervidae) mais est bien plus petit et léger : il dépasse rarement les 25 kg et 75 cm au garrot. Ses bois sont eux aussi plus petits.
La chevrette vit avec les chevrillards nés dans l’année, selon un mode assez matriarcal, le brocard (mâle) pouvant venir se rajouter au petit groupe. Curieux et craintif, le chevreuil peut aboyer pour signaler une présence dangereuse ou imposer sa domination face à un concurrent en période de rut.
Face à l’homme il choisira toujours la fuite. Il peut atteindre une vitesse de pointe de 98 km/h !
L’agrainage (qui consiste à nourrir volontairement les animaux forestiers pour les concentrer en des endroits précis) et l’absence de prédateurs naturels ont beaucoup favorisé cette espèce à devenir le mammifère herbivore sauvage le plus commun en forêt.

📯🗡 Les veneurs se vantent de tuer près de 1200 de ces animaux par an, toujours de leur manière très codifiée. Selon certains experts, il est par exemple préférable de lancer la meute sur un couple, et, une fois séparé, de continuer la chasse sur l’un des deux sans distinction.
Rattrapé au bout de quelques heures, il meurt le plus souvent égorgé par les crocs des chiens avant qu’un humain n’arrive sur les lieux.
Dans son journal, un veneur du XIXème siècle racontait le plaisir ressenti en ces mots :
« Décembre : tout un mois passé […] la vie affluant au visage et nous bourdonnant aux tempes, tantôt fourrant les mains dans le sang tiède et la curée chaude d’un chevreuil : un mois où nous tâchons de nous redonner de la santé bestiale de la campagne. »
Le marquis Pierre de Rouälle, président de la Société de Vénerie, est lui même un « amateur » du chevreuil, ou en tous cas du spectacle de sa mort. Avec 88 équipages encore actifs aujourd’hui, c’est une des véneries les plus communes.

#TRAQUÉS 3 – LE SANGLIER (📸 par Thibaut De Clercq)

🐗🖼 Le sanglier est un mammifère très présent chez nous. Une compagnie est composée le plus souvent de plusieurs femelles (dont une de tête) et de jeunes. Les sangliers mâles plus âgés vivent isolés, d’où leur nom de « solitaires ».
Contrairement aux idées reçues, c’est un animal relativement calme et craintif, qui, au moindre bruit ou forme inhabituelle, choisira à 99 % la fuite plutôt que l’affrontement, sauf si sa vie ou celle des petits est en jeu.
Il vit le plus souvent dans des « zones sales » très encombrées de ronces/fougères où il y passe la quasi-totalité de la journée à dormir, toujours à proximité d’un point d’eau pour pouvoir se « souiller » (s’y rouler pour se débarrasser des parasites). C’est le soir venu qu’il se déplace en recherche de nourriture et évolue à découvert toute la nuit pour regagner sa remise au lever du soleil. Contrairement à beaucoup d’animaux, ses yeux ne réfléchissent pas la lumière, il faut donc redoubler de vigilance quand nous traversons son territoire en voiture la nuit !

📯🗡 Depuis des siècles, le sanglier est prisé par les chasseurs à courre pour le duel épique qu’il est censé offrir : les peintres et les poètes de chasse du moyen-âge le représentaient volontiers en monstre noir invincible, plus grand que les hommes eux-même.
Aujourd’hui, on connaît mieux la réalité de ces chasses : le sanglier (mâle comme femelle), une fois « trié » de force (séparé de sa famille), tente de fuir en courant en cercles, jusqu’à épuisement. Il est ensuite rattrapé par les chiens, qui encaissent pour leurs maîtres les coups de défenses du sanglier paniqué. Les veneurs arrivent enfin pour l’achever et festoyer autour de sa dépouille. Aujourd’hui en France, il existe encore une quarantaine de ces équipages (dits « vautraits »).

#TRAQUÉS 2 – LE LIEVRE (📸 par @madine_photography sur Instagram)

🐰🖼 Contrairement aux idées reçues, le lièvre appartient à l’ordre des lagomorphes tout comme le lapin, ce n’est donc pas un rongeur ! C’est un herbivore, dont l’espérance de vie varie de 5 à 12 ans selon les espèces. Le lièvre est grand et longiligne, il est facilement reconnaissable au bout noir de ses longues oreilles. Il peut atteindre une vitesse de pointe de 80 km/h et sauter jusqu’à 3 mètres de hauteur !
Le lièvre d’Europe, que l’on trouve en France, vit dans des milieux ouverts avec des buissons ou des haies, dans les forêts claires, les marais, les champs cultivés ou encore les plaines. De nature plutôt solitaire, il vit sur un vaste territoire, dans un gîte installé sous des buissons.
La hase (femelle du lièvre) donne naissance à entre deux à quatre levrauts déjà poilus et avec les yeux ouverts, car ils doivent être prêts à fuir à tout moment.

📯🗡 Le lièvre est la proie favorite des amateurs de « petite vénerie ». Selon leurs ouvrages, « ses ruses exceptionnelles » et « délicates » feraient de lui un animal très plaisant à faire souffrir. En France, il existe donc 120 équipages qui se plaisent à lancer une meute de chiens sur ce petit animal, qui le traquent dans les champs jusqu’à le rattraper et le déchiqueter vivant. Le veneur le plus connu de France, Olivier de la Bouillerie, est un grand spécialiste de cette pratique. « Grâce à Olivier, cette vénerie a explosé » disent de lui ses amis. La famille de l’Allier qui, l’an passé, a vu son chat se faire dépecer dans leur jardin par un équipage au lièvre peut le remercier.

#TRAQUÉS 1 – LE RENARD

En ce mois d’août, les animaux sauvages ont encore un bon mois de répit devant eux, et cette trêve de chasse à courre est l’occasion pour nous de vous présenter ceux qui en sont victimes. Voici leurs portraits, ainsi que des détails sur les traques qu’ils subissent pour le plaisir mondain de quelques personnes.
Un grand merci aux photographes naturalistes qui nous ont fourni ces photos, eux qui savent si bien célébrer la vie sauvage sans la déranger !

🦊🖼 Le renard est un animal social vivant en clan : un groupe de femelles hiérarchisées et un mâle. Il vit généralement en forêt, dans un terrier. Celui-ci peut être un terrier de blaireau qu’il modifie, il peut même cohabiter avec ! En journée, le renard s’abrite et se repose ailleurs sous des racines, un tas de bois, dans un fossé…
Carnivore, il se nourrit avant tout de petits rongeurs, mais son alimentation varie selon les saisons. C’est un animal nocturne et crépusculaire, parfois diurne en été quand il n’est pas dérangé.
Il mesure en moyenne 1,25 m de long pour un poids moyen de 6 à 7 kg. Sa longévité est d’environ 7-9 ans.
En France, le renard est classé parmi les animaux nuisibles, même si les dégâts qu’il occasionne sur les activités humaines sont très faibles. Peut-être cela a t’il à voir avec son appétit pour les faisans, lâchés sur son territoire en période de chasse…

📯🗡 Le renard est l’animal « favori » des chasseurs à courre anglais, où leur pratique a finalement été interdite en 2005. Chez nous, il y a encore une quarantaine d’équipages qui pourchassent les renards à cheval et à pied, à travers les champs et les routes, jusque dans les terriers où ils courent se réfugier. Les veneurs y envoient alors de petits chiens-outils pour les déloger et continuer leur loisir en terrain découvert. Car la chasse à courre est aussi un spectacle, et il convient de ne pas priver les suiveurs de la mise à mort.
« Au terré du renard, on mettra pied à terre, on forcera l’animal à sortir, soit à l’aide de fox-terriers, soit en défonçant la garenne avec des bêches et des pioches, et on le relancera. Après plusieurs terrés, le même renard peut se faire courir pendant trois heures, sans incident, des chiens rapides l’étranglent en une heure, parfois en une demi-heure. »

VERDICT DU PROCES DE RENNES

La Justice a tranché, voici les peines prononcées à l’encontre des agresseurs de Claire et Christophe :
 
– 10 mois de prison avec sursis pour le piqueux de l’équipage, avec un an d’interdiction de chasser 📯🚫
– De 6 à 8 mois de prison avec sursis pour les quatre autres
– Plusieurs milliers d’euros de dommages et intérêts pour les victimes
Les accusés ont annoncé faire appel de cette décision.


Après Compiègne et Rambouillet, c’est la troisième condamnation de chasseurs à courre pour des violences, qui ont explosé depuis l’apparition de leur milice en gilets « J’aime la Chasse » (pas moins de vingt agressions graves). Bien que nous ne puissions nous satisfaire d’une sentence aussi légère pour des faits d’une telle gravité, il était important que l’Etat commence enfin à se positionner : une milice ultra-violente ne peut pas se développer impunément dans notre pays ! L’opposition pacifique et populaire à la chasse à courre, portée par AVA depuis maintenant deux ans, doit être protégée dans son droit le plus strict à manifester son opinion et à documenter ce qu’elle condamne.
Bravo à tous ceux qui font face aux veneurs, chez eux, chaque semaine, en faisant valoir leurs droits sans jamais perdre leur sang-froid !
Nous, les habitants témoins de cette barbarie, les citoyens conscients des enjeux, réclamant la paix et de progrès, ne laisserons jamais la loi du silence s’installer dans nos campagnes et nos forêts !
A bas la chasse à courre ! Soyons solidaires face aux violences !

 

INGRANNES : UN VILLAGE ASSIÉGÉ

La chasse à courre racontée par les habitants, en forêt d’Orléans

« Le mercredi et samedi c’est condamné, on sait qu’on ne peut pas sortir » déplore une habitante d’Ingrannes.
Une après-midi de rencontres en ville suffit pour prendre la mesure de ce que vivent les habitants de ce village en plein milieu de la forêt, littéralement assiégé deux fois par semaine par la chasse à courre.

« On les croise tout le temps sur la route de Vitry. Une fois, un cavalier a jailli devant ma voiture, j’ai dû piler… Mais pas un regard, pas un pardon, rien ! C’est comme si c’était moi qui avait coupé sa route. Et c’est comme ça tous les samedis… »

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Laurence Rossignol sur la chasse à courre :  » La population prend la défense des animaux ! « 

À l’issue d’une nouvelle saison où la chasse à courre a été la cause d’une vingtaine d’incidents graves mettant en danger les habitants, les défenseurs de cette pratique ont tenté de criminaliser le mouvement d’opposition populaire, avec un « délit d’entrave à la chasse ». Même si ce texte de loi a été fort heureusement repoussé, ce n’est que momentané.
À l’occasion d’une session parlementaire, Laurence Rossignol, sénatrice de l’Oise, a pu rappeler quelques vérités à ses collègues quant à la nature de l’opposition à la chasse à courre, battant en brèche les mensonges entendus récemment.
Merci à elle pour son engagement : ces sujets appellent naturellement les élus attachés à la démocratie, au respect de la Nature et aux droits de chacun à s’exprimer en soutien à une population révoltée.
Nous sommes 82 %* des Français à le réclamer : pour la Nature, pour la civilisation et tout simplement pour la sécurité de tous, Abolissons la Vénerie Aujourd’hui ! 💚🌍

Retrouvez la liste des incidents de cette saison : http://ava-france.org/…/saison-20182019-6-mois-dincidents-…/

*IPSOS/One Voice 2018

Procès des violences de la chasse à courre, à Rennes : le résumé

Mardi 16 juillet a enfin eu lieu l’audience au Tribunal de Rennes des agresseurs de Claire et Christophe. Pour rappel, ces deux AVA avaient été sauvagement agressés alors qu’ils suivaient une chasse à courre pour en exposer les méfaits, Christophe étranglé au sol et Claire la tête maintenue sous l’eau jusqu’à suffocation.

C’est devant une salle hostile, que la Juge menacera d’ailleurs de faire évacuer, que les victimes doivent faire face à leurs agresseurs une nouvelle fois. En effet, les veneurs s’étaient organisés pour en monopoliser les places, bousculant même des gens à l’entrée. Dehors, les soutiens de Claire et Christophe, venus de loin pour certains, sont repoussés hors du Tribunal par la police.

Pendant ce temps à l’intérieur, le procès commence, et le ton est donné rapidement :
Moi je paye mes impôts, pas comme ces deux énergumènes à côté, lance un des accusés, pointant les victimes.
Les tentatives de diversions de leur avocat ne résistent pas aux recadrages de la magistrate, qui veut rester sur les faits :
Vous la maintenez par le buste et sa tête va être immergée dans l’eau par votre action.
J’ai déconnecté, j’étais là sans y être, tente alors un accusé. Puis parlant de Christophe :
On était à trois dessus, on a pas réussi à lui arracher sa Gopro.
La parole est alors aux victimes :
J’étais au sol, et là j’ai senti deux hommes me soulever par les bras et m’emmener jusqu’au fossé. Ils m’ont mis la tête plusieurs fois sous l’eau. Au bout d’un moment je me suis dit, « je vais mourir là », raconte Claire avant d’évoquer ses cauchemars récurrents depuis le jour de l’agression.

Le procureur conclut l’audience en dénonçant «des faits d’une extrême gravité», sans «aucune excuse de provocation». Il requiert des peines de 14 et 12 mois de prison contre deux des prévenus et de 10 mois avec sursis contre les trois autres, ainsi qu’une interdiction de chasse de trois ans à l’encontre des cinq accusés, dont le maître chien de l’équipage Rallye Bretagne.

La balle est maintenant dans le camp de l’Etat français, qui a l’occasion de marquer un coup d’arrêt aux violences orchestrées par les veneurs, qui vont crescendo depuis maintenant un an. Le 25 juillet prochain, nous espérons un verdict qui envoie un message fort à la Société de Vénerie et à tous ceux qui croient pouvoir faire régner leur ordre par la violence dans notre pays : il faut en finir avec l’impunité ! Une pratique telle que la chasse à courre, décriée par 84% des Français, ne peut pas se maintenir si sa seule défense est l’agression et l’intimidation !

Bravo à Claire et Christophe pour leur courage. Vous êtes les dignes représentants du soulèvement populaire et pacifique qu’est AVA.

Merci à tous ceux qui se sont déplacés pour les soutenir dans cette épreuve.